Internet vire au mass-media : l’âge d’or s’éloigne
Ce que vous allez lire, si vous en avez le courage, fait écho à l’article “Les ados victimes de leur succès sur le Web” que j’ai déjà publié, mais sur dans un autre registre. La dernière fois, il s’agissait des absurdités des réseaux sociaux pour ados ; cette fois, il s’agit de parler des services qu’Internet propose aux jeunes, un peu plus largement, à travers l’exemple de Gleeme.
Un tampon en guise de carte de visite
L’idée de Gleeme est simple, et efficace : il s’agit d’un tampon encreur avec l’adresse du site et une numéro d’ID. Comprenez : Identité (numérique). Sur le site, le tamponné retrouvera donc le tamponneur et toutes les infos que celui-ci aura renseigné : adresses de messagerie, pseudo sur les différents réseaux sociaux, coordonnées personnelles diverses…
Le concept de l’identité numérique, regroupée sous un seul numéro, est assez séduisante. Après tout, Gleeme est un gadget sympathique au prix modique de 10€, qui vise plutôt une cible jeune et festive. Je vois mal voir un ado tamponner quelqu’un dans le bus, mais en soirée lorsque l’on ne s’entend pas parler à cause de la musique, le concept peut s’avérer plutôt original et sympathique - ne soyons pas vieux cons, voulez-vous.
Une généralisation inquiétante
Oui, mais voilà. Les jeunes, même si ils sont souvent conscients des dangers du net, pourraient être tentés de tamponner leur ID Gleeme un peu partout. Et comment trier l’anonyme rencontré dans un bar du type mignon dans le bus ? La chose est différente, et toutes les informations ne sont pas bonnes à donner à tout le monde.
Gleeme est un petit caillou de plus dans une mare qui perd sa flotte. Non pas par son gadget aux encres multicolores, mais par le phénomène de généralisation qu’il entraine. Lorsque je regarde le Web actuel, dont se servent largement les jeunes et dont ils se serviront a priori toute leur vie sous diverses formes (sauf catastrophe naturelle généralisée ne permettant plus de produire de l’électricité, par exemple), force est de constater qu’il n’a plus grand chose à voir avec sa forme d’il y a seulement quelques années.
Soyons concrets. Certes, le Web 1.0 que l’on avait jamais dénommé de cette manière à l’époque, était moins intuitif, participatif et esthétique que le Web 2.0 actuel. Mais il était aussi l’outil d’une certaine catégorie de personnes, qui l’appréciaient pour diverses qualités inhérentes à son existence : l’innovation, l’aventure, la diversité, le côté ludique et surtout la possibilité que la Toile offre en matière de choix. L’internaute choisissait son programme, les sites qu’il visitait, ceux qu’il délaissait, bref : était libre.
Comme le média Internet rapporte, de nombreux professionnels flairant la bonne affaire se sont rués sur le Net, avec plus ou moins de succès. On a donc vu fleurir les sites de services en ligne, d’e-commerce, puis les réseaux sociaux et les blogs…
Le Web 2.0 annonce sa propre fin
Qui dit Web 2.0 dit nouveaux outils et nouveaux comportements. Ce sont surtout les blogs qui ont amené la tendance : pas un qui ne parle de publicité. Si beaucoup des petits poissons-bloggeurs n’ont que faire de la publicité ou des liens commerciaux, puisque ça ne leur rapporte pas, beaucoup de requins relativement connus dans le bocal n’ont pas hésité à utiliser massivement publicité, régies, sponsors et liens en tout genre.
Après la publicité sur les blogs, les professionnels s’aperçevant (tardivement) de l’existence d’AdBlock ont abandonné l’idée de se remplir les poches avec des bandeaux flashy et fluo disséminés partout sur la page. Nos yeux les ont remercié, jusqu’à ce qu’ils imaginent un concept de publicité qu’il faudrait automatiquement visionner pour accéder au contenu du site…
Mais ce qui marche le mieux sur cette Toile encombrée et fortement anarchique, c’est le buzz. Le buzz, cette façon de faire de la publicité sans le dire, sans être soumis au BVP ou au CSA, qui permet aux publicitaires de tout poil et de toute agence de laisser libre cours aux petites folies de leurs créatifs débordant d’imagination. Des petits clips visionnées par des millions d’internautes font le tour du monde virtuel et rapportent gros. Des coûts de production minimes, pas d’achat d’espace à réaliser, une diffusion virale excessivement facile à mettre en place, une pub qui marche toute seule… Les publicitaires et les annonceurs ont rapidement commencé à se détourner des médias classiques vers le Web. Notamment de la télévision - puisque le consommateur a la mauvaise habitude de zapper pendant les pubs, de sermonner ses gamins ou d’aller soulager une envie pressante durant la coupure pub.
Internet, c’est le paradis des publicitaires : la censure y est quasiment inexistente, aucune loi sévère ne les dérange et les internautes, friands de publicité, en redemandent. Ce qui n’est pas sans risques, puisque de la même manière qu’une vidéo va avoir un réel succès viral, celle-ci peut être lynchée en direct par des millions d’ex-futurs-consommateurs. Mais le jeu en vaut la chandelle.
La possible fin de l’âge d’or du Web
Le rapport entre Gleeme, le tampon encreur pour ado destiné à leur permettre d’emballer sans restriction, et l’Internet en danger peut sembler ténu. Et pourtant il est là : Le Web a perdu son côté “différentiateur”, puisqu’aujourd’hui chacun peut y avoir accès, de chez lui ou dans des lieux publics. Internet est donc un outil largement utilisé, que les professionnels notamment de la publicité regardent avec des yeux gourmands. Mass-consommation ? Mass-media. Le côté libertaire du Web 1.0 a fait place à l’économie de marché du Web 2.0, généraliste et axé sur Pseudo-tout-le-monde.
L’espace de liberté se réduit donc de jour en jour sur Internet, et nul aujourd’hui ne peut échapper à cette anarchie de consommation. A force, les arcanes du pouvoir finiront bien par s’y pencher, et devront règlementer à tout va un milieu qu’elles ne connaissent pas, et qui se rebellera de différentes manières. Mais les lois seront faites, le mal aussi. Mass-consommation, mass-media, règlementation stricte, fin de l’âge d’or. Il nous reste à nous tourner vers les technologies mobiles.




M’enfin, c’était écrit depuis le web 1.0 cette histoire, je m’étonne juste du temps qu’il a fallu aux “requins” pour identifier internet comme mass media.
Ca fait un moment que la pub ne sert plus a financer un contenu de qualité, et que le contenu putassier sert a fourguer la pub, c’est le fameux “temps de cerveau disponible”.
La seule différence, c’est que tout le monde a accès à la publication, et que ça laisse une bonne place à la résistance et devrait pousser les annonceurs à la prudence. La fin de l’age d’or, c’est sur, mais pour qui ?
une fois n’est pas coutume, je te vois bien pessimiste et j’aurai tendance à rejoindre l’avis de kikikentucky (mais ou t’as trouvé un pseudo aussi…pseudo ?!)
/troll on
le coup des tampons est minime, c’est un gadget d’ados….bof, çà vaut bien les “Crados” mais là c’est fait pour draguer…bon ok, à mon époque (de vrai plus vieux mais pas trop quand même), on écrivait sur les paquets de cloppes.
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…………..
!
ah oui mais tiens combien j’ai loupé de plans pour des paquets de cloppes jetés ?!
aaaaaah si j’avais eu un tampon encreur….je me serai pris des baffes !
^^
/troll off
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Bon , celà dit pour rejoindre kiki[…], la jeunesse est aussi bien plus selective et exigeante que nous qui avons vu et créé le web 1.0
Quel est le crédit qu’apporte réellemment la jeunesse et comment répond elle à ces appels affâmés des “requins” ?
D’un autre point de vue j’ai le souvenir que les publicitaires de mon adolescence étaient plutôt mauvais pour nous toucher, parfois même caricaturaux.
Tu le soulignes, ils ont mis des siècles à découvrir AdBlock et FlashBlock, ont ils alors réllemment évolué ?
Y’a t’il vraiment necessité de légiférer ?
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Je suis certainement un doux rêveur mais je crois que le succès d’internet est aussi du à sa relative consonnance “libertaire”.
libre de choisir ou acheter,
libre de s’exprimer,
libre de traficoter,
libre de se faire enfler…
….
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Mais c’est aujourd’hui aussi indirectement un outil redoutable pour tenir un équilibre et une paix sociale.
Ce, comme quand l’Etat a favorisé et encourager à fumer la cigarette comme un paliatif et un substitut à une après guerre difficile (il y a même eu des essais pour faire fumer les enfants dans les écoles), pour l’alcool s’était pareil, et çà contribuait grandement à la paix sociale. (je me souviens encore des histoires de mon père et grand-père à ce propos)
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Même si effectivement tu tires une sonnette d’alarme tout à fait censée, je ne suis pas alarmiste, je doute qu’il soit objectivement interressant pour un état démocratique de museler et légiférer internet.
Les retombées me paraissent suffisement équilibrées, tant négative que positive, la mondialisation et l’Européinisation (j’invente, je crée..) aidants….pour rester optimiste.
/me
baffe,
doit se relire
zéro pointé
Bonjour, c’est vraiment joi ton design ! billet int&ressant
à suivre 