Les petites recettes du blogueur influent

CouronneSouvenez-vous. Quand nous étions enfants, nous rêvions d’être pompier ou princesse (dictateur pour ma part, mais on ne se refait pas). Puis, nous sommes devenus blogueurs. Et quel est le rêve du blogueur, aujourd’hui ? D’être influent. Et de gagner de l’argent. Chronique d’un mirage alléchant.

Un chaudron en ébullition

La question est quotidiennement posée : Mais bon dieu, qu’est-ce qui fait qu’un blogueur est influent ?

Le réseau, diront certains. Alors on discute, on s’échange des mails, on prévoit d’organiser des évènements monstrueux qui sont toujours gérés par les mêmes, des festivités au cours desquelles on ne voit rien, ni personne, sauf les organisateurs qui glougloutent tels des dindons heureux régnant en maître sur une basse-cour de blogueurs. Qui, une bière à la main, rient fort en rêvant de voler dans les plumes de leurs interlocuteurs. Des concurrents. Des rivaux. Des gens qu’il faut pourtant amuser, flatter, pour pouvoir les ajouter ensuite, dès le lendemain, sur Facebook.

Problème. Le blogueur influent est mystérieux. Il est très demandé, mais est rarement présent : Trop occupé par son travail ou des rendez-vous beaucoup plus intéressants, il s’excuse de ne pouvoir assister aux diverses petites sauteries - « C’est vraiment trop dommage… Prochaine fois, peut-être ? » mais sait très bien qu’il vaut mieux éviter d’y mettre les pieds. D’abord parce que c’est une perte de temps, ensuite, parce qu’on y apprend rien – à part que Machin, de Bildule.canalblog.com ne tient pas l’alcool.

Le blogueur influent possède un réseau professionnel, voilà la nuance. Il ne se gargarise pas d’avoir rencontré un blogueur qui fait plus de 100 visiteurs uniques par jour, non ! Il dit simplement, avec beaucoup d’humilité, être étonné et flatté d’être invité par le Ministre (Ministre auquel, pardon, à laquelle il faudra offrir des lunettes et des conseillers un peu moins fainéants, mais ceci est une autre histoire).

Tapahont au Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche

Bien sûr, le réseau seul ne suffit pas à se faire un nom dans la blogosphère – même sil suffit parfois malheureusement à rester au top des différents classements. Il manque à notre blogueur mystérieux le poids de l’âge, et de l’expérience. Être un minet parisien d’une vingtaine d’années en goguette et premier invité à toutes les festivités ne permet pas d’être entouré de gens qui ont quelque chose à dire. Et les soirées du genre ramollissant plus le cerveau du pauvre blogueur, bavant devant les stands remplis de gadgets en tout genre et jaloux du nouveau jouet de son voisin de droite. Impossible, dans cet environnement confiné où l’on passe son temps à boire en hurlant dans l’oreille de son interlocuteur des banalités sur son blog, Vedettede poursuivre une quelconque conversation enrichissante qui élèvera quelque peu le niveau de connaissances du blogueur. Trop jeune, trop vite habitué aux mondanité mais pas aux traquenards de la vie en société, le blogueur moyen finira sa vie comme tous les autres Bidochons blogueurs, coincés entre ses rêves de gloire et son patron qui le flique.

La tambouille perso comme guide spirituel

Voilà donc que certains, comprenant le malaise de cette masse si peu considérée dans le milieu de la haute blogosphère, ont produit de petits guides à leur intention. La vidéo qui suit donne quelques indications anglophones des petits trucs de BoingBoing et du Maître à bord, Cory Doctorow.

Je n’oserai critiquer les conseils d’un tel blogueur.

Oh si, allez.

Ces conseils, pour importants qu’ils soient, sont des recettes journalistiques élémentaires. En réalité, n’importe quelle personne ayant assisté plus ou moins assidûment aux cours de français péniblement dispensés au lycée les a en tête. Et s’il ne les a pas… C’est que malheureusement pour lui, son sens pratique et ses capacités de réflexions ne sont pas suffisamment aboutie pour devenir, de quelque manière que ce soit, un blogueur reconnu – et encore moins une blogueur influent.

Mettre un titre clair, ou accrocheur, et introduire son article de façon à ce que le lecteur ait envie de lire la suite, tout en sachant de quoi on parle. Enfin, voyons, c’est tellement évident.

L’autre chose qui me chagrine c’est que le blogueur n’est pas un journaliste. Quelle que soit l’envie qu’il en ait, d’ailleurs. La valeur ajoutée d’un blog, c’est justement sa capacité à se détourner de cette sacro-sainte objectivité qui fait danser les unijambistes dès que ce fichu mot est prononcé. Quel est l’intérêt d’une objectivité lorsqu’elle est fade, sans relief, neutre et bête à pleurer ? Laissons l’objectivité, cornebouc, aux dépêches de l’AFP. Quant à la presse, quand elle se contente de reprendre un communiqué et d’y ajouter une phrase d’accroche et quelque adjectifs polémiques, pardonnez-moi, mais elle mérite son agonie. Pourquoi les blogueurs sont-ils si courtisés aujourd’hui ? Parce qu’ils donnent leur avis, qu’ils critiquent, qu’ils encensent, Journal vs Blogqu’ils parlent à la première personne du singulier (Parfois – point trop n’en faut non plus), et qu’ils sont à ce titre (quand ils sont lus) des prescripteurs de marques et de services, des leaders d’opinion, des champions toute catégorie de la subjectivité assumée.

Si le blog a été créé par les journalistes, c’est justement pour que ceux-ci se libèrent de leur frustration quotidienne et puissent enfin donne sans concession leur avis sur l’actualité ; Le comble du mauvais goût serait de faire aujourd’hui de leur frustration un modèle de vertu.

Je laisserai de côté la recette du chapeau qui sert à donner des réponses au malheureux internaute tombé là grâce aux résultats d’un moteur de recherche ; Avant de devenir influent, peu de blogs sont très bien référencés, ou alors, ils le sont sur des requêtes très précises qui tombent 2 fois par mois. Exit aussi le respect du lecteur qui consiste à vous mâcher le travail ; Le respect du lecteur pour GdL, c’est de lui arracher un sourire le matin ou de lui plomber le crâne avec des articles de 3 pages, parce que vous le valez bien (*sourire colgate et mouvement de la crinière*). Et pas de lui servir des publicités partout au petit dej’, de la bannière à la sidebar, à la façon de… BoingBoing.

BoingBoing (pub)

Mais pourquoi vouloir être influent ?

Mais oui au fait, pourquoi diable vouloir courir après la célébrité ? Peut-être parce que la renommée appelle la fortune, tout simplement. Je vous fais grâce de toutes les polémiques sur l’argent qui ont pu voir le jour sur GdL, et que vous pouvez d’ailleurs retrouver intégralement pour votre plus grand plaisir ici.

La célébrité du blogueur influent ne lui ramène pas que de l’argent (qui lui, appelle les ennuis ; et d’ailleurs, comme le précise Presse-Citron, ce ne sont pas des revenus mais un chiffre d’affaire), mais aussi des avantages intéressants. Par exemple, grâce à ses contacts, il n’est jamais au chômage ou en manque de projets à mettre en forme : Le blogueur influent est constamment sollicité, et sait monnayer ses conseils avisés. Eric Dupin par Benjamin BoccasIl reçoit également des communiqués ou des scoops directement dans sa boite mail, ce qui rend son travail de veille et d’écriture bien plus agréable. Outre son courrier, il est à noter également que parfois, le blogueur reçoit par la poste des petits cadeaux, dont la taille varie en fonction du nombre de pages vues du mois en cours. Et surtout, le blogueur influent est invité à des conférences, est interviewé, photographié même, bref, fait partie de la haute.

A tous ceux qui rêvent d’être blogueurs influents, il faudrait donc conseiller une chose : Non pas d’aller voir un psy (quoique), mais de se poser les bonnes questions. Qui généralement, se résume à cela : “Suis-je un journaliste refoulé n’assumant pas son côté furieusement capitaliste ?”

Inutile de préciser qu’il n’existe qu’un petit trio de blogueurs influents en France, et que si vous n’écrivez pas en anglais, il y a peu de chances que vous soyez reconnus un jour. Et finalement, est-ce un mal ?

°

A lire aussi pour revenir sur Terre :

> Combien gagnent les blogueurs US (Vincent Abry)

> Le sondage d’AccessOweb sur les rémunérations des blogueurs francophones

14 Réponses à “Les petites recettes du blogueur influent”

  1. Bien vu, sauf ça peut-être : “Le blogueur influent est constamment sollicité, et sait monnayer ses conseils avisés”.
    Ca je n’ai jamais fait et je me demande bien comment je pourrais. Mais je n’ai pas tellement le sens des affaires, le fric que je gagne avec mon blog m’arrive tout seul par les régies ou les annonceurs qui me contactent directement.

  2. Hum, je pensais plus à des projets en version pré-prod auquel on voudrait t’intégrer (ou quelqu’un d’autre, d’ailleurs). Un boulot à temps partiel en plus de tout le reste, en fait…

  3. Oh tu tires un peu vite sur BoingBoing je trouve, ça reste une référence en termes de contenu et les pubs ne gènent pas du tout la lecture.

  4. Jordan, je ne tire pas sur BoingBoing, je n’ai absolument pas remis en cause son contenu.
    Mon avis est qu’il y a trop de pub, ça c’est certain.

  5. Hello there, ça fait longtemps que je ne suis pas passée par là
    c’est plutôt chouette ces beaux murs bordeaux! En ce qui concerne cet article j’ai d’abord commencé par me dire non non moi je blogue pas pour l’argent juste pour être publiée… Mais le but des livres de cuisine (à part m’amuser beaucoup et faire grossir pingoo ce qui peut être très amusant aussi) c’est pour avoir les moyens du temps d’écrire… Donc je suppose que je blogue aussi pour l’argent.. enfin j’en suis loin c’est pas les trois pelés un tondus qui viennent et commentent qui vont me faire aboutir au goncourt des lycéens… enfin bref ça fait du bien de revenir :)

  6. Excellent article (je devrais dire comme d’habitude).
    Avec un contenu pareil, GdL peut-il être considéré comme un blog influent?

  7. C’est une jolie analyse tout cela (comme d’hab d’ailleurs)

    Le recul que tu as sur cette petite bulle dont nous faisons partie est un plaisir (et pour ce qui est du plaisir , je suis content de ne pas me retrouver partout dans cette analyse).

    Il faudrait que j’applique les conseils rédactionnels car à l’heure actuelle les titres et le contenu ne sont pas sujets à beaucoup de réflexion. Le titrage se fait en fonction de ce qui me passe par la tête c’est tout (oui oui cela explique certains titres étranges. Voir la plupart)

    Pour la pub, s’il est vrai que BoingBoing en affiche à outrance, je suis très content de mes quelques systèmes qui les masquent la plupart du temps

    Ton passage “Il dit simplement, avec beaucoup d’humilité, être étonné et flatté d’être invité par le Ministre (Ministre auquel, pardon, à laquelle il faudra offrir des lunettes et des conseillers un peu moins fainéants, mais ceci est une autre histoire).” m’a par contre un peu déplu (faisant parti des [grands guillemets et prise de pincettes] “élus”).

    En effet, comment aurais-tu réagi à une telle invitation (de mon côté j’ai refusé en indiquant je ne me trouvais pas qualifié ?

  8. moi je me demande si gueule de loup aurait autant de succes et de courtoisie si c’etait tenu par un mec moche … et la, j’ai un doute. Mais bon on va encore dire que je suis mechant. Je vais finir par croire que le vrai loup, c’est moi :)

  9. Lucie B, un Goncourt, et nous n’étions même pas au courant ?!

    Whats, j’ai un doute sur l’influence de GdL ^^ La seule influence souhaitable, de toute manière, c’est d’être suffisamment critique pour énerver, provoquer le débat, et ne pas se retrouver avec une analyse stérile sur les bras…

    Merci Gonzague.
    En ce qui concerne l’invitation au Ministère, je me suis simplement renseigné auprès de Richard sur Tapahont : Et je trouve qu’il y a des incohérences flagrantes…
    Tout d’abord, il n’y a pas de sujet précis à cette rencontre. Donc il y a un risque que ce soit du flan médiatique, même basé sur de bonnes intentions. Ensuite, ce qui en découle, c’est que les blogs ont été choisis sur des critères qui m’échappe. Toi, tu es le jeune. Eric de Presse-Citron, le vieux sage de la bande. Richard, le geek (!). Et ainsi de suite. C’est donc un choix qui suinte l’envie de se la jouer représentatif - et pardon de le préciser, mais à mon humble avis, complètement démago.
    Donc choisir des blogs sur ce critère me parait totalement… Incohérent, et même vexant : C’est peu se renseigner sur la valeur de certains blogs non cités et jouer simplement sur la jolie photo du perron.

    Mon humble avis est toujours un peu tranché et prompt à fouiner dans les arrières-pensées, mais au moins il m’évite de mauvaises surprises.
    Quant à une telle invitation, puisque telle est ta question sub-suicidaire, je m’en serais méfié… Et j’aurais demandé des détails. Nombreux… :D

    Rod, vieux loup édenté jaloux de mes crocs. Non mais oh.

  10. “Eric de Presse-Citron, le vieux sage de la bande”
    Hé, jeune effrontée, tu sais ce qu’il te dit le vioque ?
    :-)

  11. Tu n’es pas censé faire de l’espionnage, hé ! :-D
    [Un vieux sage en skate shoes, oui, ou zut, au fait ?]

  12. Montre moi ton cou, tu verras ce qu’un edenté est capable encore de faire malgré son age :)

  13. Salut Lousia,

    Un petit moment que j’etais pas passé par la tien.

    Magnifique article comme a chaque fois. Je ne vais pas répéter ce qui a déjà été dit, ton recul sur ce “monde” est assez impressionnant, étant donné que tu en fais parti.

    Rod, tu as fait allusion a Pingoo ou je me trompe ? :D

    Ps: complètement a part, ya un petit carré blanc qui s’affiche tout en bas de page pour moi. Je sais pas si c’est un bug ou autre mais au moins tu es au courant :P

  14. […] viens, pour une énième fois, de lire un excellent article sur Gueule de Loup, titré “Les petites recettes du blogueur influent”… Toute la réflexion de mes propos ci-dessous est due à la lecture de cet excellent article, qui […]

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